07.04.08
The Sound Of Silence
Laisse les tomber tes mots, tout au fond de toi. Laisse les t’envahir, un par un, doucement, comme la pluie dehors.
Collé à la fenêtre, regarde-les se fissurer, les murailles de la Ville, les murailles de ton coeur. Il est trop tard pour invoquer un semblant d’humanité. Tu sais ce que tu as à faire, fait le jusqu’au bout. Elle se brisera, probablement. Mais qu’y peux tu ?
Laisse là aller, laisse là mener ses combats, là où elle marche, tu ne peux pas la suivre. Personne ne saura rien de ton courage comme de ta lâcheté, personne ne saura que tu a répugné à le faire. Parce que cela ne changera rien.
Fais silence maintenant, observe le, goûte-le. Il est le son de la neige qui tombe, le son de l’acier que l’on forge.
Tu peux refuser. Mais par un hasard tour à tour cruel et bienheureux, tu sais que tu n’auras pas besoin de mener ce combat contre toi-même. La bobine est presque déroulée.
Ils complotent dans ton dos.
Il aiguise sa lame.
Ils ne savent pas que tu le sais déjà, et que tu écartes volontairement tous les autres possibles.
Esquisser un sourire, un faux semblant de sourire pour être vraiment juste. Personne ne viendra te dis-tu avec un reflux d’amertume. Le fou est déjà mort ou pas encore né. Quelle différence ?
Quelque part dans la nuit, un claquement sec se fit entendre.
07.01.08
Beyond the gates
« Mais moi ça m’est bien égal, dit Thorn. Vous pouvez me dire tout ce que vous voudrez, vous pouvez bien me dire que c’est une folie, vous pourriez être tous contre moi, ça n’aurait aucune importance. Je ferai comme bon me semble, peu m’importe que vous me pensiez folle, déraisonnable, que vous pensiez que je courre après une chimère. J’irais quand même. »
« Thorn je t’en prie, pousse toi. Ne m’oblige pas à te tuer. S’il te plait. Après tout, qu’est-il pour toi ? Rien. Absolument rien. Thorn je t’en prie, sois raisonnable. Je sais que tu détestes ce mot, mais je l’emploi quand même. Je te le dis une dernière fois Thorn, écarte toi, laisse moi passer. »
« Jamais. » dit Thorn.
« Alors comprend que tu ne me laisse pas le choix. »
« Je refuse de le comprendre. Et je ne me pousserai pas, je te l’ai déjà dit. Tes raisons ne sont pas mes raisons. »
« Tu es folle Thorn, folle. C’est ce que tu veux ? Que je te tue ? C’est facile de dire non, de refuser. Qu’est-ce que tu cherches ? A mourir ? Tu t’imagines que ça va l’aider ? Pousse-toi, pour l’amour du ciel, pousse toi. Tu ne l’aides en rien en restant plantée ici, têtue, bornée que tu es. Prouve moi que tu veux vraiment le défendre, attaque moi. Vas-y, prend ma barre de métal, vas-y. »
« Non. Je ne t’attaquerai pas. Mais si toi tu le fais, je te jure que je me défendrai. C’est à toi de voir. »
« Je ne peux pas, tu comprends, je ne peux pas non plus te laisser là, juste pour le plaisir. Tu as tes raisons, et moi j’ai les miennes. Si tu refuses de me comprendre, pourquoi devrais-je faire un effort ? Tu défend ton camps, et moi le mien. Le hasard, ou plutôt un non hasard a voulu que ceux dont nous portons les couleurs en arrivent à s’affronter. Tant pis pour eux, tant pis pour nous. Mais tu n’as pas le droit de me demander de renoncer. »
Thorn émit un ricanement grinçant, qui ressemblait à moitié à un gémissement.
« Je n’ouvrirai pas le bal, et tu le sais. Vas-y, frappe, mais frappe fort et frappe juste, parce que moi, je ne te laisserai pas une seconde chance. Dépêche toi, tu perds du temps, et malheureusement pour toi, du temps, ton seigneur n’en a pas. Dans tous les cas, toi comme moi avons déjà perdu. Tout ce qu’il nous reste, c’est décider de quelle manière dont nous allons agir. Alors choisis, mais choisis vite. »
06.20.08
Le Monologue
J’ai aimé jadis, mais personne ne le sait. Je l’ai aimé cette femme, au point d’en braver nos lois, au point d’en braver leurs interdictions.
C’était le matin du monde, et je pensais naïvement que mon rôle pourrait trouver un remplaçant. Je l’ai épousé cette femme, et notre union fût bénie par trois enfants. Mais comme dans toutes les histoires, il faut un élément perturbateur, sinon, qu’aurions nous à raconter ? En ce qui me concerne, j’aurai préféré ne pas avoir d’histoire, naître et mourir, comme tous les hommes. Pendant qu’on y est, j’aurai préféré en être un, d’homme. Il paraît qu’ils ne choisissent pas leur destinée eux, alors, peut-être qu’en définitive, j’ai réussi vraiment à en être un, pendant quelques décennies.
La peste s’est abattue sur la ville. Et stupidement, comme meurent toujours les mortels, ma femme en est morte. Ils sont venus me chercher. « C’est la fin du contrat, me dirent-ils ».
J’ai dû les suivre, et laisser derrière moi mes enfants, sans même leur dire au revoir. Pour leurs dire quoi ? Que je n’étais pas un mortel, et qu’ils ne me reverraient jamais ? Avec les années, j’ai compris, la part de folie que mon choix comportait, son inconscience, et sa vacuité. De derrière le voile, je les ai vu grandir mes enfants, je les ai entendu me maudire, moi et ma lâcheté, moi et mon inconscience. Alors j’ai commencé à regretter. Inutilement d’ailleurs. J’avais eu ce que je méritais. Que l’on n’attende pas de moi pitié ou miséricorde. J’ai essayé jadis. Cela me fût refusé. Je ne vois pas au nom de quoi je l’accorderais aux autres. Miséricorde et compassion ne sont que des vains mots pour qui n’a jamais croisé leurs routes. Je sais qu’ils leur arrivent de regretter leur intransigeance aux deux autres. Tant pis pour eux. Tant pis pour nous, tant pis pour tous.