07.29.08

“These destroy”

Publié dans Arcane XXVI à 4:33 par ysdral

Parmi tous ceux qui ont vécu à la Tour, peu d’entre eux sont encore vivant. Réussir l’Ordalie n’est pas une garantie de survie, c’est tout au plus un sursis qui nous est accordé. La promesse de ne pas mourir tout de suite, inutilement. Mais rien de plus. La vie a l’air simple, vu de l’extérieur. Pour qui ne fait pas partie de la vie ici, nous ne sommes rien de plus que des employés d’une librairie ordinaire. Rien n’est plus faux.

L’autre jour, un homme qui passait devant les rangées de livres s’est exclamé, trouvant ces ouvrages merveilleusement vivant.

_ ” Regardez, a-t-il dit, on sentirais presque la vie palpiter en eux.”

Les pauvres gens, s’ils savaient. En effet, les livres sont palpitant de vie, de cette vitae qu’ils nous volent. Nous sommes dévorés, petits à petits, de l’intérieur, rongés impitoyablement par ces monçeaux de bois mort. Au début, on ne s’en rend pas compte. Ca commence presque toujours de la même manière, pendant la nuit, nous rêvons que nous errons dans les étages de la Tour. Puis on perds la notion des jours, ensuite certains de nos souvenirs deviennent plus flous, puis on perd l’appétit, oubliant de manger. Quand on s’en rend compte, il est trop tard, notre esprit est prisonnier. On finit toujours par en mourir, un jour, notre coeur oublie de battre, nos poumons de respirer, et la nuit se prolonge éternellement.
La force mentale, la puissance de l’esprit, la combativité, le courage, l’intelligence ou le savoir n’ont rien à voir avec cette agonie lente et inexorable. Tout au plus, ces dons, ces qualités ou peu importe leurs noms, éloignent un peu l’échéance.

07.28.08

La tour / description I

Publié dans Arcane XXVI tagged à 11:40 par ysdral

De l’extérieur, la Tour n’était rien de plus qu’un immeuble de style hausmannien, semblable en cela à des milliers d’autres. Il n’était ni plus grand, ni plus petit, ni plus laid, ni plus beaux et se voulait à l’image de la parfaite normalité, fondu dans la masse, ordinaire. Depuis la grande porte d’entrée, peinte en rouge, jusqu’à la plaque émaillée portant le numéros de la rue, en passant par les moulures, ou les vitrines emplies de livres rien, absolument rien ne le distinguait des autres.

L’intérieur n’était pas dépourvue d’un certain charme, à condition de ne pas être effrayé par les carrelages beiges, les parquets chantants, les escaliers glissant. Sans oublier la poussière qui sous-louait généreusement une bonne partie du magasin.

07.27.08

Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate

Publié dans Arcane XXVI tagged , , à 8:40 par ysdral

Vous qui entrez, laissez toute espérance.
L’enfer, Dante, Chant III

Ceux qui arrivent à la Tour n’en repartent jamais. Nullement en raison d’une obligation quelconque ou d’un geis.
Tout simplement parce qu’ils n’y arrivent pas.

Franchir le seuil de cette maison, c’est abandonner une partie de soi, c’est mettre la main dans un piège à loup, qui se referme sur son esprit, sans même en avoir conscience. Faites un test, prenez une personne au hasard, n’importe laquel : un Endormi, un Eveillé, l’un des nôtres ou quelqu’un du dehors, et demandez lui s’il reviendra.

La réponse sera oui, immanquablement.

Maintenant observez-la, à son insu. Regardez-la qui déambule à travers les couloirs de livres, les rayonnages, scrutez-la du coin de l’oeil tandis qu’elle monte les escaliers de marbre, pendant que ses doigts courent sur les tranches des ouvrages. Observez l’air légèrement hagard, le regard vide d’expression. Regardez maintenant sa démarche : qu’elle soit calme et posée ou bien rapide et hâtive, c’est le même constat : les pas sont mécaniques, machinaux. On ne vas nul part quand on erre dans la Tour Noire, et si l’on cherchait quelque chose, on s’empresse de l’oublier.

Le corps peut sortir. Mais pas l’esprit. Jamais. La maison nous dévore, inlassablement. Et inlassablement Ajnar tisse et retisse les milliers, les millions, les milliards de sensation que l’on déverse dans le coeur de la maison.

Ajnar Chasse. Mais elle non plus, peut-être encore moins que nous, elle ne peut quitter la maison. La maison est son coeur et elle est le coeur de la maison. Une prison mentale dont rien, pas même la mort -surtout pas la mort- ne la libérera. Elle a beau être mortelle, (ce qui est une particularité originale et enviable parmi nous) son esprit ne s’en ira pas à la recherche d’un autre corps, cogner aux portes d’un paradis ou d’un enfer, ou se dissoudre dans un néant envisageable. Ajnar est une chasseuse, et ne possède rien sur terre, même pas elle-même. Ajnar, fille de Sonveg, petite-fille de Follym (Entiokar).
Je ne sais pas si elle en a conscience, si elle sait ce qui l’attends. Je me demande beaucoup de choses en vérité, bien que je ne parle pas beaucoup. A quoi bon ?
Il n’y a pas de réponses aux questions que je pose, et il ne devrait pas y en avoir à celles que je ne me risquerai jamais à poser.

Le pire de tout, c’est que je suis entré volontairement à la Tour. Contrairement aux autres, personne ne m’a pris en traître, proposé un pacte dont les clauses étaient biaisées. Je ne suis pas non plus venu ici par désespoir ou par hasard.

Non. Je ne suis ici parce que je l’ai voulu. Et comme tout ce que j’ai voulu, je l’ai eu.

Le grimoire

Publié dans Arcane XXVI tagged , à 12:15 par ysdral

Les Jumelles prêtèrent à peine attention à Steel qui passa devant la porte grande ouverte de leur bureau, lui jetant simplement un rapide coup d’œil.

- « On aura beau dire, je le préférais en femme », dit l’une d’elle.
L’autre ne répondit rien mais pouffa de rire, tout en reconnaissant intérieurement qu’elle n’avait pas tort. Steel avait perdu beaucoup de son charme en devenant un homme. Pas tout cependant.

Mais les Jumelles avaient quelque chose de plus intéressant à faire ce matin. Il y avait là un grimoire à examiner. Avec précaution, elles le prirent. L’une décrivait l’objet tandis que la seconde, assise devant l’ordinateur, écrivait sous sa dictée. Le grimoire avait la taille d’une feuille de canson. Il était plus large que haut, et la couverture était particulièrement somptueuse, recouverte de riche velours noir, ornée de volutes en fil d’argent et de quatre pierres plates symbolisant les quatre éléments. Une sélénite pour l’air, un lapis-lazuli pour l’eau, du jaspe rouge pour le feu et de l’obsidienne pour la terre.

Le livre avait été trouvé dans une poubelle, et d’après les premières estimations des jumelles, la sorcière qui l’avait rédigé était toujours vivante. Son énergie imprégnait chaque page. Chaque dessin, chaque enluminure palpitait de vie. Certaines pages avaient été écrites au crayon à papier, et de temps en temps, une écriture différente apparaissait.

« Un livre des ombres. » dit la première.
« Et contemporain. » ajouta la seconde.

Elles ne dirent rien de plus, mais prirent le livre et le rangèrent dans un gros coffre de métal dissimulé dans le fauteuil. Ce grimoire là ne serait pas mis en vente avec les autres, mais apporté au Vieux qui déciderait de ce qu’il conviendrait de faire. Certains étaient mis en vente, malgré tout. D’autres étaient précieusement archivés et stockés dans la réserve. D’autres encore restaient dans le bureau du Vieux. Il arrivait parfois que certains soient détruits, ou apportés à Ajnar avec l’ordre d’en rechercher l’auteur. Parfois, cependant, il en était tout autrement, et nombreux étaient ceux qui redoutaient cela. Parce que cela ne pouvait signifier qu’une chose : que l’ouvrage était lié, de près ou de loin, aux Autres. Et personne n’avait envie d’avoir affaire aux Autres.

07.23.08

L’Ordalie (2)

Publié dans Arcane XXVI tagged à 9:36 par ysdral

Suite de cet article là.

Plus tard, en redescendant le long du vieil escalier, encore tremblante, il lui semblerait qu’elle avait du mal à se rassembler, un peu comme si on l’avait écartelé son corps et volé son âme.

_ “Ainsi c’est cela qu’ils nomment Ordalie”. se dirait-elle, s’accrochant à la rampe pour ne pas s’effondrer. Elle en sortait étrangement indemne et pourtant humiliée, salie. “Ainsi ce n’est que cela”. Rien de si terrible finalement, il lui avait suffit de s’asseoir, et se laisser faire. Courber le dos, penser à autre chose. Beaucoup n’y survivaient pas et mouraient au cours de l’épreuve. Beaucoup ceux qui y survivaient préféraient se jeter par la fenêtre ou du haut de l’escalier. Ce même escalier qu’elle était en train de descendre, à petit pas.
Personne ne pouvait savoir à l’avance comment il réagirait à cette épreuve. Thorn, elle, avait réussi. Mais à quel prix ? Est-ce qu’on se débarrassait vraiment de cette sensation désagréable qui lui collait au corps ? Est-ce qu’on pouvait vraiment oublier ou bien, plus certainement, est-ce que l’on apprenait à vivre avec ? On ne parlait pas de ce genre de chose à la Tour noire, il y a des mensonges encore plus dérangeant que les vérité qu’ils suscitent, et ce genre de questions (pourquoi ? comment ? ) n’étaient jamais abordées.
Voyant Eadha qui l’attendait en bas de l’escalier de marbre, elle se sentit amère. C’était le Vieux qu’elle s’était attendue à trouver. Elle avait lutté contre cet espoir, et plus encore contre elle-même.
_”Mais à quoi t’attendais-tu stupide humaine ?” se dit-elle. “Abandonne ta folle chimère, elle te perdra.”
Je pense quant à moi, que si Thorn avait pu ne serait-ce qu’imaginer à quel point ses derniers mots étaient vrais, elle se serait jeté en haut de l’escalier quelques minutes plus tôt. Le Vieux savait lui aussi que cette folle chimère perdrait Thorn, et c’était précisement pour cela qu’il l’avait ramenée.

L’ordalie

Publié dans Arcane XXVI tagged à 8:42 par ysdral

L’arrivée soudaine de Thorn suscita bien des questions, et une en particularité : qu’avait-elle fait pour que le Vieux, solitaire notoire, prenne le risque de nous la ramener ? Si il l’avait fait, c’est que de toutes évidences, il y voyait une bonne raison, restait à savoir laquelle. Aller lui poser directement la question était tout, sauf une chose intelligente. Restait à la poser à Thorn, mais pour le moment, personne ne lui avait adressé la parole.

Il était inutile de parler à un nouveau venu qui n’avait pas encore passé l’Epreuve. La plupart de ceux qui trouvaient le chemin jusqu’à nous échouaient, et nous restions seuls à regretter leur présence, en silence. Il est beaucoup plus facile d’oublier une personne que vous ne connaissez pas. Au fil des années, une règle tacite s’était mise en place. Tant que la personne n’avait pas été convoquée, on l’ignorait. Si elle revenait, il était toujours temps de faire connaissance. Et si, comme c’était le cas la plupart du temps, elle ne revenait pas, nos blessures étaient plus faciles à panser. Le plus douloureux, c’était de ne rien dire quand on les voyait monter le grand escalier et nous tourner le dos. Il nous fallait alors oublier les regards suppliants, et les mots avortés de ceux qui s’apprétaient à subir l’Ordalie.

Thorn nous facilitât la tâche, elle ne parlait pas, ne posait aucune question, ne tentait d’engager aucune conversation. Elle se contentait de poser son corps dans un coin et d’attendre, muette comme une statue, quelque chose qui ne venait pas.

Le troisième jour après son arrivée, au petit matin, Eadha la convoqua dans son bureau.

_ « Ils veulent vous voir au 6 ème, je leur ai dit que vous arriviez. »

Puis ce fut tout. Pas un mot de plus, pas un mot de moins.

Thorn ne dit rien, seuls yeux s’étaient un peu rétrécis, à cause de la lumière, sûrement.

Et comme des centaines d’autres anonymes avant elle, Thorn tourna les talons et se dirigea vers le grand escalier, ignorant les regards braqués sur elle. Elle commença à monter les marches d’un pas vifs, et je savais ce qu’elle espérait. Je lui aurais bien soufflé moi, que son espoir était plus que vain, qu’il était dangereux pour elle, et qu’au bout du long couloir du sixième étage, ce n’était pas le Vieux qui l’attendait, mais seulement une vallée de Josaphat.
Thorn monta les marches d’un pas vifs, « peut-être, oui peut-être » murmurait-elle à chaque enjambée. A peine eut-elle franchis le pallier du sixième étage qu’un homme laid et contrefait lui indiqua une grande porte, blanche et luisante comme de la neige. Sous le rais de la porte, débordait une moquette rouge et épaisse, comme une coulée de sang. A sa vue, Thorn esquissa un sourire en demi teinte. Du rouge. Sa couleur de toute éternité.

Ce n’était pas le Vieux qui l’attendait à l’intérieur. A sa place, il y avait trois hommes vêtus de noir, assis devant une table de verre, et dont les regards étaient braqués sur elle.

Le premier avait un sourire idiot et incroyablement dangereux. Il semblait assez petit, et avait un air de fouine. Ou de blaireau. Ou peut-être encore, un mélange des deux. Dans tous les cas, son visage entier avait une expression souriante, perverse et cruelle. Une brute épaisse doublée d’un sadique sans nom, et quelque chose de gluant, de malléable, de visqueux.
La glaise.

En voyant le second, elle failli, un brève instant, éclater de rire et le montrer du doigt en disant « un scolopendre, un scolopendre ! » Il y avait quelque chose de malléable dans cet homme là aussi – à supposer que c’étaient bien des hommes – mais quelque chose de grouillant, de pourri. Quelque chose qui évoquait la décomposition.
L’humus.
Le troisième, en revanche, ne ressemblait pas à ses deux accolytes. Il était assez mince, presque maigre, et ses yeux, vides de toute expression, ne regardaient rien en particulier et en même temps tout. Quelque chose en lui – mais quoi ? – lui rappelait le Vieux ou pour être plus précis, certains côtés du Vieux, et ce constat irrita Thorn tout autant qu’il la troubla. Il avait quelque chose de métallique, d’inexorable. Et comme il la détaillait, – elle ou autre chose ? Comment savoir ? – elle eut la sensation de voir son âme émincée, découpée en tout petit morçeaux et extraite de son corps, puis posée sur une table.
Et elle se mit à espérer de tout son coeur que cet homme là ne verrait pas ses genoux trembler sous le rouge de sa jupe.
L’acier.
Loin, très loin à travers un épais brouillard, elle entendit une voix lui demander de s’asseoir, de prendre place sur la chaise. Docile, vidée déjà de toute réaction, elle obéit, se demandant vaguement quelque part dans son esprit comment elle avait fait pour ne pas la remarquer avant, cette chaise.

07.20.08

La guerre des clans

Publié dans Arcane XXVI tagged à 3:28 par ysdral

Le monde à la Tour Noire aurait pu être simple. Mais il ne l’était pas. Ce serait si facile de croire qu’il y’avait d’un côté les bons, de l’autre les méchants et pour finir, ceux qui ne se souciaient d’aucuns clans. Non, vraiment, ca n’était pas le cas.

Il aurait été humain de voir dans le geste du Vieux prenant soin de Thorn, quelque chose s’apparentant à de la bonté, de l’attention ou de la compassion. On aurait été facile d’imaginer que Foalsey, parce qu’il bouleversait les règles, était neutre et égal avec tout le monde. Mais non.

Tout ca n’était qu’une question de clans.

07.06.08

Les habitants de la Tour

Publié dans Arcane XXVI tagged , , , , , , , à 11:56 par ysdral

La Tour comptait un nombre de personnes plus que respectable, bien que je sois au regret de vous dire que ce dernier adjectif ne convienne pas pour qualifier intimement la plupart d’entre elles.

Tout en bas, et regardé comme quantité négligeable, se trouvait les Endormis. Cela vous étonne ? Vous ne devriez pas. Employer uniquement des Eveillés aurait causé trop de problèmes, sans parler du risque d’une alliance qui aurait pu, un jour de folie, aboutir à une rébellion. Non, trop risqué. Les Endormis se manipulent facilement, ne coûtent rien et on en trouve plus que nécessaire. C’était eux qui se chargeaient des sales boulots, sans le savoir, bien évidemment. Un Endormi qui sait n’est plus vraiment un Endormi, s’il n’est pas non plus un Eveillé. Dans tout les cas, quoiqu’il puisse être, il ne le reste pas longtemps, le Clan veille au grain.

Juste au-dessus des Endormis, vous avez les Eveillés. Ce terme générique et poubelle désignait en réalité toutes les personnes sachant voir, ressentir, capable d’appréhension, et pouvant, dans de rares cas, agir. En fait, n’importe qui ayant survécu à l’Ordalie devenait un Eveillé, mais la réciproque n’était pas vraie. Vous pouviez être un Eveillé et ne pas survivre à cette épreuve.

Ensuite, en grimpant l’escalier des importances (mais somme toutes, relatives) on trouvait des gens comme Eadha ou le Gobe-Mouche. Les années d’existences de ces deux individus se comptant allègrement en siècles, ce qui ne les rendait pas obligatoirement plus intelligent, je vous prie de me croire. Le premier avait tendance à laisser faire, le second à mettre les mains où il ne devait pas. Aux yeux de l’Hydre ceci dit, eux avaient voix. Pas les autres. Avoir Voix, c’était avoir la possibilité de se faire entendre. Dans un endroit comme la Tour Noire, soit vous aviez voix, ou vous aviez une alliance avec qui de droit, soit vous étiez mort. Restait la possibilité d’être complètement en dehors de ce cercle infernale, mais cette dernière solution n’apportait jamais une garantie suffisante et définitive.

Enfin, on trouvait le Clan des Ténèbres, ou l’Hydre, et ses trois sbires. Et juste, au dessus, le Vieux. Le Bibliothécaire.

La hiérarchie de la tour aurait été simple, semblables en cela à n’importe quelle organisation s’il n’y avait eu des électrons libres, redoutablement casses pied et imprévisible. Parmi eux, Ajnar, Chasseur, gardienne des Portes et des Souvenirs. Et accessoirement infecte. Ajnar aurait pu être une éveillée, mais parce qu’elle était un Chasseur, elle n’était rien d’autres qu’humaine et donc, dépourvue de la plupart des capacités que les autres possédaient sans même y penser. Enfin, dernier détail et pas des moindres, le temps avait une emprise sur Ajnar, une emprise d’autant plus grande que sa tâche était harassante.

07.04.08

The Sound Of Silence

Publié dans Arcane XXVI tagged , à 12:11 par ysdral

Laisse les tomber tes mots, tout au fond de toi. Laisse les t’envahir, un par un, doucement, comme la pluie dehors.
Collé à la fenêtre, regarde-les se fissurer, les murailles de la Ville, les murailles de ton coeur. Il est trop tard pour invoquer un semblant d’humanité. Tu sais ce que tu as à faire, fait le jusqu’au bout. Elle se brisera, probablement. Mais qu’y peux tu ?
Laisse là aller, laisse là mener ses combats, là où elle marche, tu ne peux pas la suivre. Personne ne saura rien de ton courage comme de ta lâcheté, personne ne saura que tu a répugné à le faire. Parce que cela ne changera rien.

Fais silence maintenant, observe le, goûte-le. Il est le son de la neige qui tombe, le son de l’acier que l’on forge.

Tu peux refuser. Mais par un hasard tour à tour cruel et bienheureux, tu sais que tu n’auras pas besoin de mener ce combat contre toi-même. La bobine est presque déroulée.
Ils complotent dans ton dos.
Il aiguise sa lame.

Ils ne savent pas que tu le sais déjà, et que tu écartes volontairement tous les autres possibles.

Esquisser un sourire, un faux semblant de sourire pour être vraiment juste. Personne ne viendra te dis-tu avec un reflux d’amertume. Le fou est déjà mort ou pas encore né. Quelle différence ?

Quelque part dans la nuit, un claquement sec se fit entendre.

07.03.08

Old Memories

Publié dans Arcane XXVI tagged , à 12:10 par ysdral

Fermant les yeux, il sentit d’anciens souvenirs affleurer la surface de son esprit. Des souvenirs presque aussi vieux que lui, et pourtant toujours vivants, encore palpitants, comme un cœur à peine arraché.
Il revit comme si c’était hier le paysage brumeux, indistinct. La nuit noire tendue sur la fête, parsemée de milliers d’étoiles, les vent dans les arbres, le feu de Beltaine brûler haut et claire au centre du minuscule village. Il entendait encore les voix des femmes et les voix des hommes chanter, il pouvait les voir sauter par-dessus le feu. Il entendait les tambours gronder, les cris de joie.
C’avait été une époque heureuse, pour sûr. Mercy et Fortuna, qui n’étaient pas encore jumelles, et que l’on n’appelait pas encore comme ça, avaient trouvé le moyen de s’incarner à peu près au même moment au même endroit. Fortuna était un peu plus vieille que Mercy, et dans cette vie là, ni l’une ni l’autre n’avait conscience que leurs existences étaient liées. Elles étaient simplement deux amies, deux voisines qui avaient battu la lande et travaillé ensemble depuis leur plus jeune âge. Elles en étaient pour l’heure parfaitement heureuse. Il avait appris beaucoup plus tard la véritable identité de ces deux fillettes, et pour tout dire, cela lui avait fait un sacré choc. Il ne s’en souvenait donc que comme deux enfants parfaitement ordinaires.
Lui-même n’était qu’un jeune homme, ignorant encore tout ce qui allait suivre. Qu’il ne mourrait pas comme les hommes ordinaires, puisqu’il n’en était pas un. A moins qu’il n’en ai été un, mais un homme qu’une rencontre en apparence anodine allait ravir à jamais au monde et à l’insouciance.
Contrairement aux autres, il avait gardé son nom. Eadha. Voilà qui sonnait étrangement pour l’époque actuelle, et personne ne le prononçait jamais correctement, mais il était la dernière preuve aussi ténue fusse t’elle, qu’il avait été un jour, mortel, vivant, vulnérable et humain.

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